Sûreté aéroportuaire : un coût prohibitif et des résultats incertains

Le fiasco de l’affaire des trois djihadistes rentrés de Turquie par l’aéroport de Marseille sans être inquiétés par les services d’ordre interroge sur l’efficacité des politiques de contrôle très coûteuses dans les aéroports.

« La France n’a pas peur ». Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur, le 23 septembre dernier, vantait les mérites du plan Vigipirate, confiant dans notre capacité à endiguer une menace terroriste recrudescente. Mais le lendemain, les Français se réveillaient en découvrant que des aspirants djihadistes, pourtant connus des services secrets, étaient entrés librement sur notre territoire par l’aéroport de Marseille.

En cause, une absence de coordination avec les autorités turques qui ont « oublié » de prévenir leurs homologues français du changement d’avion des suspects à Istanbul et surtout, une panne du système informatique qui aurait dû permettre d’identifier leurs passeports à leur arrivée dans la cité phocéenne. Ainsi, les failles de nos dispositifs de sûreté, humaines comme technologiques, sont apparues aux yeux de tous.

Des contrôles de plus en plus stricts

L’efficacité de notre politique antiterroriste est dès lors remise en question et, en ce qui me concerne, la question de son impact sur l’industrie touristique se fait plus pressante. Car on est en droit de s’interroger sur le décalage constaté entre des mesures toujours plus contraignantes pour les passagers et toujours plus coûteuses pour notre économie, si des individus déjà identifiés par les autorités ne sont pas appréhendés après avoir passé plusieurs semaines en Syrie.

N’est-il pas contradictoire que les familles en partance pour le Club Med en Crète ou en Espagne soient un jour soumises à des scanners à rayon X à 150 000 euros l’unité, si un ancien condamné pour terrorisme et le beau-frère de Mohamed Merah circulent librement sur notre territoire ? Comment ne pas s’interroger sur la pertinence de politiques sécuritaires drastiques en direction de touristes a priori inoffensifs, si les véritables suspects ne sont pas inquiétés ?

Un coût prohibitif

Pour rappel, chaque année la France dépense 800 millions d’euros en dépenses de sûreté aéroportuaires, principalement financées par la collecte de la taxe d’aéroport, donc par les passagers. Une progression spectaculaire en comparaison des 100 millions d’euros annuels dépensés avant le 11 septembre et qui est principalement le fait des contrôles de sécurité effectués à l’embarquement. À ces dépenses directes, il faut ajouter les mesures appliquées par les compagnies aériennes qui viennent elles aussi se répercuter sur les prix du billet d’avion.

En 2002, l’obligation de remplacement des portes des cabines de pilotage a été évaluée à 14 millions d’euros rien que pour la compagnie British Airways. Au niveau européen, cette mesure a engendré plus de 1 milliard d’euros d’investissements la même année. Sans compter les coûts imposés par des assureurs de plus en plus prudents. Il est évident que le consommateur final subit de plein fouet la répercussion de ces dépenses supplémentaires.

Mais quelle efficacité ?

Il faut par ailleurs intégrer les perturbations inévitables de la filière touristique qu’implique le fait de devoir venir toujours plus en avance avant son vol, de devoir respecter une liste toujours plus longue d’objets interdits et d’avoir à subir des retards de plus en plus récurrents. Cette multiplication de règles et de dérèglements produit inévitablement une inflation des litiges et donc des procédures auxquelles doivent faire face les agences de voyages, les tour-opérateurs et les compagnies aériennes. Mises bout à bout ces dépenses sont colossales et rendent donc légitime un débat sur les priorités que l’État doit fixer en matière de sûreté aéroportuaire.

Il ne s’agit pas bien sûr de réclamer une réduction des mesures de sûreté déjà mises en place au sein des aéroports. Le bon fonctionnement de l’industrie touristique repose avant tout sur des liaisons sûres et il est essentiel d’entretenir un sentiment de sécurité parmi les voyageurs. Mais, au regard des derniers manquements, le temps est peut-être venu de s’interroger sur l’efficacité d’une approche systématique qui consiste à contrôler un peu tout le monde sans distinction pour un prix particulièrement élevé et pour des résultats incertains. À ce titre, on peut espérer que le projet de loi de lutte contre le terrorisme actuellement en cours d’examen conduira à un rééquilibrage en faveur d’un travail de renseignement plus fin pour pouvoir affirmer avec plus de sérénité que « La France n’a pas peur ».

Paru dans Le Cercle – Les Echos, le 26 septembre 2014

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