Quand les media changent d’attitude vis-à-vis des low costs

Alors que Ryanair annonce un bénéfice record pour 2009, les limites du modèle économique des low costs pointées dans les media pourraient apparaître comme autant de « vices cachés ».

Les passagers de Ryanair qui avaient été bloqués dans les aéroports par l’éruption du volcan Eyjafjöll n’ont pas dû apprécier les déclarations triomphales de Michael O’Leary, PDG de Ryanair.

En effet, comme le souligne Thierry Baudier, médiateur des voyages annulés nommé par le gouvernement, 80% des litiges avec les compagnies aériennes avaient concerné des compagnies à bas prix (France Soir, 17/05/10). Il aura fallu des rappels à l’ordre du Commissaire européen aux Transports et d’Hervé Novelli pour que les low costs reviennent sur le silence qu’elles entendaient opposer à leurs passagers naufragés.

Cette gestion de crise maladroite intervient quelques mois après la parution du livre de Bruno Fay et Stéphane Reynaud, No low cost dénonçant la politique de rentabilité maximale à tout prix mise en place par les low costs au détriment de la sécurité, des services et des conditions de travail des salariés et a été largement relayée dans les media cet été.

Il en fut de même pour les démêlés de ces compagnies avec la justice : après les condamnations de Ryanair en Italie, EasyJet devra payer 1,4 M€ à Pôle Emploi pour avoir employé 170 salariés sous contrat britannique à Orly et se retrouve dans le collimateur de la Halde pour avoir refuser à plusieurs reprises d’embarquer des handicapés seuls à bord.

La presse qui se faisait l’écho du succès des low costs et des déclarations plus ou moins fantasques de Michael O’Leary (voyager debout, faire payer les toilettes, envoyer l’armée pour remplacer les aiguilleurs du ciel en grève), lui fournissant une publicité « low cost », a changé de ton et dénonce aujourd’hui les conditions de travail des salariés, les incidents techniques et surtout le mécontentement des passagers des low costs. Le Parisien du 29 juillet propose ainsi à ses lecteurs de raconter leurs « galères » et titre le lendemain La colère des passagers des compagnies low cost en soulignant qu’ « en Allemagne, le problème a même pris une ampleur politique : des députés ont inscrit les dysfonctionnements subis par les clients allemands d’EasyJet à leur ordre du jour ».

En France, les collectivités qui subventionnent Ryanair pour desservir les aéroports régionaux et éviter ainsi leur fermeture dénoncent le chantage parfois exercé par cette compagnie : en août, Ryanair n’avait en effet pas hésité à bloquer les réservations sur ses lignes depuis Tours pour contraindre le Conseil général de l’Indre et Loire à lui verser une aide de 438000€, montrant selon le département « que les soutiens versés grâce aux subventions des collectivités locales lui importent plus que le service rendu à ses usagers et clients » (France3.fr du 15 août). Ces subventions ont rapporté à Ryanair près de 20% de son chiffre d’affaires cette année (plus de 600 M€ – les Echos 02/06). Elles sont dénoncées par la Commission européenne et reviennent à faire payer par les contribuables les économies réalisées par les passagers Ryanair sur leurs billets.

Cerise sur ce gâteau un peu indigeste pour les low costs, une étude réalisée pour Amadeus en juillet montre que si les prix des billets baissent, les suppléments tarifaires divers s’envolent. Ces recettes sont parfois « un élément fondamental du modèle économique » des compagnies. « C’est particulièrement vrai pour les compagnies à bas prix, comme Ryanair et easyJet, pour qui elles représentent respectivement 22,2% et 19,4% du chiffre d’affaires, contre 4% chez Air France » (Les Echos – 18/08). Le consommateur malin valorisé par les low costs pour son choix d’un billet à bas prix sur leurs lignes devra désormais l’être encore plus pour évaluer le prix réel de son voyage.

Un sondage réalisé par le site Tripadvisor présenté sur le blog No Low Cost montre que plutôt que prendre une compagnie low cost « la plupart des passagers affirme (…) préférer voyager via les transporteurs nationaux : 37% des Français préfèrent ainsi Air France ». Autres enseignements de ce sondage « Bien que 67% des sondés français affirment avoir déjà réservé un « low cost », plus d’un quart des répondants (27%) avouent ne pas se sentir en sécurité sur ce type de vol » et « bien que la compagnie « low cost » Ryanair soit en passe de devenir le premier transporteur européen, elle a été néanmoins élue la compagnie la moins aimée par l’Angleterre (37%), l’Espagne (27%) et la France (22%). » Des résultats à méditer pour l’avenir du low cost…

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