Pour en finir avec 7 idées reçues sur le tourisme – paru sur Les Echos

Rares sont les secteurs d’activité qui cumulent autant d’idées fausses que le tourisme. Non le tourisme n’est pas qu’une histoire de vacanciers. Non la France n’est pas la championne toutes catégories dans ce domaine. Et non l’augmentation des touristes ne devrait pas être un objectif en soi. A la veille des grandes vacances, voici un florilège des affirmations les plus courantes qui sont aussi les plus inexactes.

Les touristes sont des vacanciers : faux. En tout cas, pas uniquement. Au tourisme de loisirs, il faut ajouter le tourisme d’affaires qui concerne les déplacements des salariés mais aussi les séminaires, les réunions d’entreprise, les conventions… Grand oublié des politiques publiques, ce secteur est pourtant important. Il pèse plus de 29 milliards d’euros en France et a crû de 3% en 2017. Mais attention, dans ce domaine comme dans d’autres, la concurrence internationale ne cesse de s’intensifier. Si la France s’affiche comme le cinquième pays ayant accueilli le plus d’événements internationaux, elle est nettement distancée par les États-Unis et l’Allemagne mais aussi devancée par le Royaume-Uni et l’Espagne.

 La France est n°1 du tourisme mondial : vrai et faux. En nombre de visiteurs et de « nuitées », la France tient la corde. Mais ces chiffres sont trompeurs. Sur les 83 millions de visiteurs, tous ne s’attardent pas en France. Chaque année, on estime qu’au moins 15% d’entre eux ne font que passer par notre pays qui est une plaque tournante en Europe, notamment au niveau aérien. Si on raisonne en termes de recette, le résultat est encore moins brillant. Avec quasiment le même nombre de visiteurs, l’Espagne a généré 87 milliards d’euros de recettes contre 54 milliards pour la France. Grâce à une politique volontariste, notre voisin n’est pas seulement devenu n°1, il a pu amortir les effets d’une crise économique particulièrement dure. A noter qu’en Europe, la France est également distancée par l’Allemagne et le Royaume-Uni dont les recettes progressent de 3 % quand celle de notre pays n’augmentent que de 1 %. Vraiment pas de quoi crier cocorico !

Pour développer le tourisme, il faut augmenter le nombre de touristes : faux. 100 millions de visiteurs c’est l’ambition affichée par la France, un chiffre qui ne cesse de hanter l’esprits de nos décideurs publics. Cela ne devrait pourtant pas être un objectif en soi. La priorité devrait d’abord viser à augmenter les recettes générées par le tourisme. La dépense moyenne par visiteur étranger toutes origines confondues s’établit à 260 euros en 2017. Mais cette moyenne, comme toujours, cache d’importantes disparités. Logiquement tous les touristes ne consomment pas la même chose. Quand les Chinois et les Japonais dépensent en moyenne 1500 euros, les Russes et les Américains entre 1000 et 500 euros, nos voisins européens en dépensent moins de 500. Le calcul est vite fait. Pour générer plus de richesses et d’emplois, il faudrait attirer plus de visiteurs lointains.

Le tourisme est un point fort de la France : vrai et faux à la fois. Vrai car notre pays dispose d’une image internationale suffisamment forte pour surmonter les évènements les plus graves comme les attentats et les perturbations les plus fréquentes en l’occurrence celles que génèrent des grèves à répétition. Mais cette capacité de résilience ne constitue pas une rente. Nos points faibles nous les connaissons. Les organismes chargés de la réputation touristique de la France ne sont pas à la hauteur des enjeux.  L’Ile-de-France attire la moitié des touristes. Tout ce qui est fait en termes de tourisme a donc un effet à plus ou moins long terme. Or que peut-on dire sinon qu’à Londres tout parait beaucoup plus simple qu’à Paris, aussi bien en termes de déplacements que de shopping…

Le tourisme est un secteur malgré tout moins important que l’industrie : faux. Avec l’agro-alimentaire, le tourisme est le seul secteur excédentaire de notre balance commerciale. A chaque fois que l’activité touristique se grippe, c’est donc notre économie qui éternue. En 2017, le solde des échanges de services a généré un excédent de 5,4 milliards d’euros grâce aux bonnes performances du secteur touristique. Voilà qui devrait être une bonne raison pour privilégier un peu moins le nombre de touristes et un peu plus ce qu’ils dépensent dans notre pays. Malheureusement, on considère encore une fois cet acquis comme une rente de situation quand il faudrait, au contraire, investir massivement pour augmenter la profitabilité du secteur. N’oublions pas que des régions entières seraient totalement désertées et sinistrées si le tourisme n’existait pas.

Les palaces n’offrent pas toujours le même niveau d’excellence : vrai. La France est le premier et actuellement le seul pays qui ait officialisé la catégorie « Palace ». 26 critères sont à respecter pour obtenir cette dénomination palace, dont la qualité de la restauration, un service impeccable offert aux clients, un service 24/24 et 7 jours sur 7, un personnel important et toujours disponible…Même si des hôtels prestigieux ont réalisé de coûteux travaux pour obtenir la distinction « palace », ce sont surtout ces points qui font la différence au niveau de la clientèle et qui, malheureusement, constituent le gros point faible de certains d’entre eux. De 12 palaces en France en 2012, la France est passée à 24 aujourd’hui. Au point qu’on peut se demander si d’exceptionnelle, cette appellation n’est pas sur le point de se banaliser. Une chose est sûre : la majorité des établissements français hauts de gamme peinent à rivaliser avec leurs concurrents nord-américains et asiatiques.

Les touristes créent du désordre dans les villes : faux. Il existe bon nombre de problèmes dans nos villes qui n’ont rien à voir avec les touristes : encombrement du trafic, manque de commodités, absence de propreté… Bien souvent, la faute est rejetée par commodité sur les touristes alors qu’il faudrait plutôt pointer le doigt les municipalités qui n’effectuent pas leur travail correctement. Mais il est tellement plus simple d’accuser les touristes et d’oublier tout ce qu’ils nous apportent. Eux ne votent pas, après tout.

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