Les médias sont-ils trop show ?

Mondialisation aidant, l’information circule désormais par-delà les frontières. Mais la qualité n’est malheureusement pas toujours au rendez-vous.

Une course au sensationnalisme

 Les médias show que sont les sites web et les « chaîne d’info en continu » évoluent dans un système où la prime est donnée à celui qui colle le plus aux peurs collectives. Se distinguer de ses concurrents passe par une course au sensationnalisme, au scoop et à une guerre perpétuelle de l’image qui nuisent à la fiabilité et à la qualité de l’information. Délibérément ou par manque de moyens, l’alarmisme et la dramatisation sont devenues la règle et tous les sujets, y compris les plus complexes, en font les frais.

Les images du Caire diffusées par les chaînes françaises sont, de ce point de vue, particulièrement révélatrices des dérives de l’ « info spectacle ». Des journalistes perchés sur le toit d’un immeuble nous décrivent la « situation explosive » qui prévaut sur la place Tahrir. A l’image pourtant, de jeunes gens semblant s’amuser de la présence d’une caméra et une place qui s’est largement dépeuplée en comparaison avec les manifestations du début d’année. Ce que le journaliste – apparemment le seul stressé par la situation – omet de dire, c’est que l’Egypte est loin de se résumer à quelques manifestations éparses en plein centre de la capitale.

A l’arrivée : aucun vainqueur

Ce genre de pratiques coûte cher à tout le monde, à la crédibilité des médias comme à l’économie de certains pays.

Aux journalistes eux-mêmes, qui souffrent d’une désaffection grandissante du public à leur égard, directement liée à un manque flagrant de crédibilité. Selon le baromètre 2011 de TNS-Sofres sur la confiance dans les médias, seuls 21% d’entre eux estiment que la qualité de l’information s’est améliorée au cours de la dernière décennie, contre 40% qui la jugent en baisse.

Mais le pire, c’est que de telles pratiques peuvent littéralement déstabiliser certains pays dont l’économie repose en grande partie sur l’industrie du tourisme.

Quelques centaines de manifestants place Tahrir et c’est toute l’Egypte qui est à feu et à sang.

Les inondations qui ont touché la Thaïlande ont certes été tragiques, mais elles se limitent à Bangkok, ville construite sur une terre argileuse dont chacun sait qu’elle s’enfonce continuellement sous le poids de constructions toujours plus nombreuses. C’est incroyable de devoir rappeler une telle évidence, mais le pays n’est pas entièrement sous les eaux. Au contraire, les provinces touristiques du sud et du nord sont bel et bien au sec, et les gens aimeraient qu’on leur fasse savoir !

Heureusement, l’afflux d’informations pas toujours fiables et souvent dramatiques a permis au voyageur de développer son esprit critique. Plus circonspect aujourd’hui qu’hier face à certaines nouvelles, il a compris que prendre toutes ces informations au pied de la lettre revient à cesser de vivre et ça, il ne le veut pas. Il a désormais le réflexe de se reporter sur d’autres destinations. Les conséquences pour le tourisme en France et plus largement dans les pays européens, sont donc heureusement largement limitées. Mais que dire des destinations sacrifiées momentanément sur l’autel de l’audimat, par excès de dramatisation ? On pourrait bien sûr demander aux médias show de se réguler et de faire preuve d’un peu plus de précision. Mais l’essentiel réside peut-être aussi dans le rôle irremplaçable que joue la presse écrite. Encore la semaine dernière, une étude du Figaro relevait que les cadres français, pourtant férus d’internet et des chaînes d’info en continu, continuent de la plébisciter. Il est vrai qu’une information qui invite à l’analyse et à la prise de recul est indispensable pour décrypter les événements les plus dramatiques.

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