Grippe A : la véritable erreur de Roselyne Bachelot

En estimant dans son dernier ouvrage avoir parfaitement géré la crise de la grippe A, Roselyne Bachelot commet l’erreur la plus grave, qui consiste à ne tirer aucun enseignement d’un événement qui aura coûté beaucoup d’argent et aggravé la défiance des Français à l’égard des scientifiques, des politiques et des médias. Or sans confiance, la parole des pouvoirs publics perd toute sa force alors même que sa crédibilité est la condition de la bonne gestion de la crise.

C’est pourquoi il n’est ni possible ni acceptable de reproduire la façon dont a été gérée la grippe A.  Pour que la confiance soit au rendez-vous au moment où elle sera un jour ou l’autre à nouveau nécessaire, trois règles doivent être respectées.

L’indépendance des experts en question

Pour faire face au risque de grippe A qui semble se préciser à l’automne 2009, le gouvernement de François Fillon a acheté 94 millions de doses de vaccins. Au terme d’une campagne aussi gigantesque que chaotique, seul 8,5% de la population a souhaité bénéficier de ce dispositif. Un bilan bien maigre au regard des 660 millions qu’a coûté l’opération. Outre des contrats mal négociés avec les laboratoires, il semble que les conseils scientifiques de Roselyne Bachelot aient été très liés aux producteurs pharmaceutiques – cette relation ambiguë ne concerne d’ailleurs pas uniquement la France.

Un regard impartial et distancié est pourtant indispensable pour prendre des mesures dont l’impact financier, économique sanitaire est bien souvent irréversible. L’indépendance des experts ne doit souffrir aucun doute et tout conflit d’intérêt doit être écarté. Les scientifiques qui travaillent directement ou indirectement pour les laboratoires ne peuvent en aucun cas être les conseillers du gouvernement. Sans cette garantie, une suspicion même infondée devient inévitable. En d’autres termes, tout conflit d’intérêt doit être écarté. Est-ce le cas aujourd’hui ? On veut le croire.

La responsabilité des pouvoirs publics

Roselyne Bachelot a une conception bien particulière du principe de précaution. Elle l’affirme à nouveau dans son livre : en situation de risque, les mesures maximales doivent être appliquées immédiatement. D’où son choix d’assurer une couverture totale de la population en terme de vaccination, et la commande ferme qui s’en est suivie auprès des laboratoires.

S’il ne s’agit pas d’attendre qu’un risque soit avéré pour prendre des mesures de protection, il ne s’agit pas non plus d’opter pour des solutions radicales sauf à envisager la gestion de ce type de crise sous un angle politicien. Il faut être conscient qu’une fois les mesures prises, il n’est plus possible de revenir en arrière, que ce soit pour rassurer la population ou remettre en cause des engagements financiers.

La prudence impose dans ce genre de situations une réponse graduelle et proportionnée. La première responsabilité du pouvoir politique est de ne pas donner le sentiment de céder lui-même à l’affolement. Dans le cas présent, le gouvernement aurait eu tout intérêt à associer dès le départ les médecins traitants et à sonder l’opinion pour adapter les commandes de vaccins, en l’absence d’obligation d’ordre public.

L’emballement médiatique

Quoiqu’elle en dise, la ministre, en 2009, n’a pas su résister à l’emballement médiatique autour de la pandémie. Les interventions se sont multipliées, plus ou moins fondées, plus ou moins crédibles, qui ont en tout cas contribué à renforcer la pression médiatique sur le gouvernement. Si les médias ont, dans un premier temps, contribué à amplifier la crise en exagérant la menace, ils ont aussi saboté la réaction – certes excessive –  des pouvoirs publics. De son côté, la communication du gouvernement, en parallèle, n’a pas su s’adapter pour faire passer un message adéquat

Le rôle d’un ministre ne consiste pas à suivre la vague mais au contraire à prendre la distance nécessaire pour analyser la situation le plus justement possible. Les pouvoirs publics doivent anticiper les effets « boule de neige » liés aux médias, pour conserver une ligne de conduite cohérente et réfléchie. C’est aussi leur devoir d’entretenir un lien permanent avec des journalistes spécialisés dans le domaine de la santé pour garantir une bonne compréhension d’enjeux qui sont souvent très techniques.

La crise de la grippe A n’aura pas simplement coûté beaucoup d’argent. Elle a plus gravement renforcé la méfiance des Français à l’égard de la vaccination. Les interrogations des parents ont été beaucoup alimentées par la rumeur sur les intérêts financiers en jeu. L’exclusion des médecins traitants au début de la crise, la réaction alarmiste des pouvoirs publics renforcée par l’emballement médiatique… toutes ces errements ont altéré la confiance des Français dans un moment où elle était indispensable. Bien sûr il est plus facile d’établir un tel constat a posteriori et tout responsable politique a le droit de se tromper. La moindre de ses responsabilités est d’avoir le courage de reconnaître ses erreurs et le devoir d’en tirer des enseignements. Si Roselyne Bachelot semble plus soucieuse de se justifier que de se livrer à un exercice d’autocritique, espérons que ses successeurs auront à cœur de tirer des leçons du passé.

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