Eoliennes du Mont-Saint-Michel : une première victoire pour le tourisme français

En obtenant de l’Etat français un réexamen des éoliennes situées à proximité du Mont-Saint-Michel dans la commune d’Argouges, l’Unesco montre que les méthodes appliquées pour évaluer l’impact visuel des éoliennes doivent être totalement révisées. Cette première remise en cause des éoliennes du littoral est une bonne nouvelle pour la préservation des côtes, qui constituent aujourd’hui la première destination de vacances des Français.

C’est une première, l’Etat vient de reculer sur le dossier des éoliennes du littoral face aux menaces de l’Unesco. Le contentieux portait sur trois éoliennes prévues à une vingtaine de km du Mont-Saint-Michel, autorisées en 2007 par la préfecture de la Manche. Dès la fin 2009, l’UNESCO s’était inquiétée de la proximité de trois éoliennes avec un des sites français les plus visités, classé au patrimoine mondial. A cette époque, l’organisation internationale note que « l’information communiquée (par l’Etat français) ne permet pas une compréhension exhaustive de l’impact potentiel du projet » et s’étonne « qu’aucune carte » ne lui ait été présentée et que « la hauteur des turbines » n’ait pas été précisée.

L’Unesco montre que l’éolien peut nuire au tourisme

La menace de l’Unesco de déclasser le Mont-Saint-Michel si les éoliennes d’Argouges étaient construites a porté ses fruits. Le mois dernier, le préfet de la Manche a finalement reconnu le caractère « peu judicieux » de ce projet. Mais pour que les éoliennes d’Argouges ne voient jamais le jour, la préfecture doit désormais valider le nouveau schéma régional de développement éolien qui élargit la zone d’exclusion autour de la baie du Mont-Saint-Michel et rendra, de fait, les éoliennes d’Argouges inconstructibles. Une décision qui, aujourd’hui, suscite un large consensus. Le recul de l’Etat français est une bonne nouvelle pour la préservation du littoral et l’Unesco a montré le peu de sérieux des études d’impact réalisées pour mesurer les nuisances des éoliennes sur leur environnement. Ce manque d’objectivité et de fiabilité a d’ailleurs été entériné par plusieurs décisions de justice dans le passé. La dernière en date étant celle de la Cour d’Appel administrative de Nancy en janvier 2012.

Il faut réviser les zones de développement de l’éolien (ZDE) sur le littoral
Il n’est pas normal que les études d’impact soient réalisées par les industriels eux-mêmes. Comment l’administration  et les populations peuvent-elles se faire un avis objectif dans de telles conditions ? C’est d’autant plus difficile que les collectivités sont aujourd’hui financièrement intéressées à l’implantation des éoliennes. Argouges attendait ainsi de la construction de trois éoliennes l’équivalent d’1/5 de son budget municipal. De son côté, Fécamp, qui traverse une situation économique difficile, voit depuis plusieurs années dans l’implantation d’éoliennes une façon de boucler son budget. Mais à l’échelon départemental, les taxes et les quelques emplois générés par l’éolien doivent être relativisés. Pour les Côtes-d’Armor, le tourisme représente des recettes annuelles de 760 millions d’euros et 15 mille emplois. Pour un département comme la Loire-Atlantique, le tourisme équivaut à 1.6 milliard d’euros de chiffres d’affaires et concerne près de 30 000 emplois.

L’enjeu est donc de taille si on ne veut pas que l’objectif de 8 000 éoliennes pour 2020 – aussi bien sur terre qu’en mer – défigure définitivement nos côtes et ne compromettent le capital touristique qu’elles représentent. Plusieurs sites sont aujourd’hui plus particulièrement concernés comme la baie de la Somme et la plage de la Baule (toutes deux membres du club très fermé des plus belles baies du monde), la baie de Saint-Brieuc (classée Natura 2000), la falaise d’Etretat ou encore les plages du Débarquement de Normandie, qui candidatent actuellement à l’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco. Il n’y a donc pas de doute : le précédent d’Argouges doit être l’occasion de tout remettre à plat.

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