Classe affaires: Air France monte en gamme

Après plusieurs années de fragilisation et de nivellement par le bas contre lesquels j’avais mis en garde Air France à de nombreuses reprises, la compagnie aérienne a décidé de redonner la priorité aux classes affaires. Cette décision est le résultat d’une prise de conscience certes tardive, mais qui va permettre à la compagnie nationale de se relancer sur un marché où elle s’est progressivement fait distancer.

Air France n’est plus la compagnie de référence qu’elle fut dans le temps. Ce constat est partagé depuis des années par un grand nombre de professionnels et de passagers.

Sur les longs courriers, Air France est aujourd’hui victime de la concurrence des compagnies asiatiques et moyen-orientales, dont le service tant à bord qu’au sol fait l’unanimité. Cette tendance a été confirmée en 2011 par le classement des « meilleures compagnies aériennes » établi par Skytrax : les compagnies arrivant en tête sont presque toutes issues de ces deux région du monde : Qatar Airways, Singapore Airlines (qui a également reçu le prix de la meilleure business class), Asiana Airlines, Turkish Airlines ou encore Emirates. Ce classement ne fait aucune mention d’Air France dans les dix premières positions mondiales.

Même si bon nombre de compagnies d’Orient disposent de moyens financiers importants pour ne pas dire quasiment illimités (comme pour les Emirats ou le Qatar), force est de constater que même des concurrents européens comme la Lufthansa ou British Airways ont recommencé, il y a deux ans environ, à miser sur le voyage haut de gamme.

La baisse en gamme d’Air France se constate également sur les moyens courriers. Aujourd’hui, bien heureux est celui qui trouvera la valeur ajoutée de la classe affaires d’Air France : sièges étroits, rang resserrés, nourriture banale alors que le prix, lui, est systématiquement multiplié par trois au moins.

Difficile dans ces conditions de s’étonner que, sur ce marché, la compagnie nationale soit victime de la concurrence de plus en plus féroce des low-costs.

Certes, il était tentant de vouloir lutter sur les prix, dans un contexte de crise où les entreprises coupent dans leurs budgets voyages et où le taux d’occupation des classes affaires peine à retrouver son niveau d’avant 2008. Mais la tendance est à la reprise ! Selon les chiffres publiés par la IATA au printemps dernier, la fréquentation des premières classes et des classes affaires a augmenté de plus de 9% en glissement annuel entre décembre 2009 et décembre 2010. En outre, la business class semble avoir la cote dans les régions à forte croissance : en 2010, elle a bondi de 21.1% sur les lignes inter-asiatiques et d’environ 23% sur celles reliant l’Asie au Moyen-Orient.

Voilà qui a sans doute motivé la décision de la compagnie tricolore : le haut de gamme existe bel et bien et le marché d’affaires représente près de 5 mille passagers quotidiens pour le groupe, autant de personnes dont il faut prendre le plus grand soin, pour ne pas les laisser partir à la concurrence.

Air France l’a compris et l’an dernier déjà, un tout nouveau siège avait été installé sur les classes affaires des longs courriers de la compagnie, comprenant un lit de deux mètres, des commandes mieux adaptées ou un encore des nouveaux rangements, autant de détails qui comptent pour cette clientèle exigeante.

Pour poursuivre cette montée en gamme, la compagnie sollicite, depuis le 1er décembre, des chefs gastronomiques français de renommée qui vont se relayer tous les six mois pour concocter les repas des classes affaires. C’est Joël Robuchon qui a ouvert le bal.

Air France doit continuer dans cette voie afin de reconquérir la confiance des agences de voyages car ce sont elles qui fournissent à la compagnie la majeure partie de sa clientèle haute contribution. Les agences entreront dans le jeu sans rechigner à la seule condition que leur soient proposés des tarifs négociés avec le réseau, qui leur permette à la fois de se rémunérer correctement et d’attirer le client.

Il ne reste plus qu’à espérer qu’une véritable politique de long terme de revalorisation de la classe affaires soit entérinée en juin prochain par le nouveau P-DG du groupe Alexandre de Juniac, lors de présentation de son plan de développement « pour transformer Air France ». Un beau projet en perspective, que nous suivrons avec intérêt !

Très bonne année à tous.

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