Chutes de neige : mais que fait ADP de ses taxes d’aéroport ?

Les chutes de neige du 8 décembre en Ile de France ont une fois encore suffi à désorganiser complètement le trafic aérien à Roissy et Orly. Pourquoi les Aéroports de Paris ne sont-ils pas en mesure d’anticiper une météo difficile et d’éviter à de très nombreux passagers de se retrouver bloqués ?

En cette fin d’année, la neige n’est pas une surprise, et la quantité tombée la semaine dernière, quoi qu’assez importante, ne constituait pas un record : on pouvait accepter un certain ralentissement du trafic et des retards dus aux précautions à adopter en cas de neige, pas question en effet de mettre en danger les passagers… mais pas le blocage complet des aéroports jusqu’au lendemain matin !

L’exaspération est toujours la même : ADP se montre incapable de prévenir les passagers suffisamment en amont pour qu’ils ne se retrouvent pas coincés par milliers toute la nuit dans les aéroports, de déneiger suffisamment de pistes pour que les avions puissent atterrir et décoller, même au ralenti, de dégivrer les avions et d’accueillir décemment les voyageurs bloqués.

Aéroports de Paris avait annoncé l’an dernier avoir mis en place un « plan neige » et disposer d’un « système de supervision des opérations de déneigement unique au monde » et de 72 machines de déneigement. Où étaient-elles ? Pourquoi plus de cent vols annulés et une situation qui n’était toujours pas revenue à la normale le lendemain ?

Manque d’anticipation, insuffisante réactivité, manque de personnel, matériel inadapté ou volonté de ne pas investir dans des matériels de déneigement rarement utilisés, donc insuffisamment rentables ? Cette dernière hypothèse est la plus probable, mais témoigne d’un mépris certain pour les clients, et d’un sens des priorités discutable : les résultats en Bourse seraient-ils plus importants pour ADP que les passagers ?

On peut se demander à quoi servent les taxes acquittées par les passagers, dont le montant augmente plus vite que le prix des billets. Parmi celles-ci, la taxe d’aéroport, redistribuée à ces derniers, serait affectée au financement des services de sécurité, d’incendie et de sauvetage. Elle s’élève à 10 euros par passager au départ de Paris et va rapporter 330,6 millions d’euros à ADP cette année. La taxe de l’aviation civile, elle, finance le fonctionnement de l’administration de l’Aviation civile, mais l’Etat peut en reverser une partie aux aéroports pour les aider à financer, justement, les mesures de sécurité et de sûreté, si la taxe d’aéroport n’y suffit pas. L’utilisation faite des recettes de ces taxes demeure malheureusement trop opaque.

Une telle situation n’est pas admissible, en raison, d’une part de ce manque de transparence dans l’utilisation des taxes payées par les passagers, et d’autre part de l’absence de proposition d’une solution adaptée.

En 2008, la Cour des Comptes dénonçait dans son rapport consacré aux « aéroports français face aux mutations du transport aérien » la faible qualité de service proposée à Orly et Roissy, contraignant ADP à lancer un vaste plan visant à son amélioration.

Les résultats de ce plan auront échappé aux milliers de passagers qui, contraints à dormir sur le sol dans les aéroports, se sont vu distribuer des tapis, une couverture et une boisson chaude … Va-t-on voir le scénario se renouveler dès cette fin de semaine ? Que tous les passagers se rassurent : dans sa stratégie des commerces pour 2011-2015, ADP annonce « une invasion gourmande » avec la création d’une « place de la Madeleine d’Orly Ouest », où seront regroupées neuf enseignes prestigieuses de la gastronomie française. Les naufragés pourront déguster du caviar en attendant le départ de leur avion, pour peu que ces boutiques ne soient pas, comme à l’heure actuelle, fermées dès 20h30, ce qui est un comble dans des aéroports qui se veulent parmi les plus grands du monde…

Tout est question de priorités. L’efficacité d’une entreprise se mesure à sa capacité à faire face aux situations de crise et au respect qu’elle témoigne à ses clients. Espérons qu’il ne soit pas nécessaire d’écrire le même billet chaque année.

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