Brexit : Refroidissement en vue sur le tourisme franco-britannique ? – Les Echos

Alors que les Britanniques semblent toujours aussi séduits par la destination France, le Brexit serait-il à l’origine d’une certaine désaffection des Français pour la destination britannique ? Une chose est sûre : nous visitons moins la Grande-Bretagne depuis 2016, la fameuse année du référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, écrit Richard Vainopoulos.

Nombre d’habitants, PIB, croissance… Les similitudes entre la France et la Grande-Bretagne sont à ce point nombreuses qu’elles expliquent une relation faite de conflits, de rivalité, d’incompréhensions et de déclaration d’amour. A elle seule, la concurrence entre Paris et Londres incarne ce mélange unique de fascination et de comparaison permanente dans de nombreux secteurs. Le tourisme n’y échappe pas. Et pour cause : nos deux pays sont deux grandes destinations mondiales . Dans ce domaine aussi, l’avantage est clairement à la France.

D’après les chiffres d’arrivées, la France occuperait la première marche du podium, la Grande-Bretagne la sixième place derrière l’Italie et devant l’Allemagne. Qu’à cela ne tienne : la concurrence n’exclut pas l’attirance mutuelle. Nous aimons nous rendre en Grande-Bretagne et, on le sait, nos voisins d’outre-Manche adorent venir en France. Ils constituent même la première clientèle étrangère en France avec un total de 13 millions de visiteurs ayant passé au moins une nuitée en 2018, soit + 2,4 % par rapport à 2017. La clientèle britannique a même creusé l’écart avec la clientèle allemande, dont les arrivées sont stables à 12,3 millions en 2018.

Et comme toutes les catégories sociales britanniques préfèrent passer leurs vacances à l’étranger, nos voisins sont aussi les premiers clients de notre hôtellerie, les principaux clients de nos stations de ski et les troisièmes clients de nos campings. En termes de recettes, ce sont également eux qui dépensent le plus chez nous, juste après les Belges, mais devant les Allemands et les Suisses. C’est dire s’il est essentiel que les Britanniques continuent de venir en France. Même constat en sens inverse. En Grande-Bretagne, les Français fournissent, et de loin, le premier contingent de touristes en représentant environ 10% des visiteurs et le troisième en termes de dépenses. Bref, le moins que l’on puisse dire c’est que nous aimons autant la Grande-Bretagne que celle-ci nous aime.

Brexit : une phase de bouderie ?

Le Brexit peut-il changer la donne ? Aujourd’hui, on peut se poser la question. Côté français, la fin de l’année dernière a émis des signaux contradictoires. Fin septembre,  les recettes touristiques générées par les visiteurs britanniques étaient en hausse de 6 % mais la fréquentation hôtelière de nos voisins d’outre-manche à Paris et en l’Ile-de-France marquait un repli. De l’autre côté de la Manche, le constat semblait plus évident. Le nombre total de touristes au Royaume-Uni chutait de 5,3 % en 2018, alors que le pays fêtait le mariage de Harry et de Megan Markle. Le nombre de visiteurs français passait lui-même de 3,96 millions en 2017 à 3,69 millions en 2018.

Cet infléchissement de la fréquentation ne date pas de 2018. Après une hausse boostée par les JO de Londres, on constate en effet un premier infléchissement de la fréquentation des touristes français en 2016. Depuis, la fréquentation diminue lentement mais régulièrement. Pure hasard ? 2016 est aussi l’année du Référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne. Depuis que les Anglais envisagent de quitter l’Europe, c’est un peu comme si nous avions moins envie d’aller les voir. Une impression partagée par l’association des agences réceptives britanniques , UKinbound. Selon un sondage réalisé auprès de ses membres, 60 % d’entre eux redoutent que l’image peu accueillante du Royaume-Uni suite au Brexit ait des répercussions négatives sur la fréquentation de leur pays.

S’il est trop tôt pour parler d’un désamour des touristes étrangers et en particulier des touristes français pour la Grande-Bretagne, observons que les Britanniques, eux, continuent d’avoir autant de plaisir à venir chez nous. Pour se faire une idée plus juste, les chiffres 2019 seront intéressants à analyser. Ils constitueront un premier élément de réponse pour savoir si les Français se révèlent décidément moins nombreux à vouloir franchir la Manche. Ou si nos deux pays se boudent. A moins qu’ils ne puissent décidément pas se passer l’un de l’autre…

Richard Vainopoulos est président de TourCom.

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