Paris : quand la ville lumière se métamorphose en village pour bobos – publié sur Atlantico

- le 23 août 2016 dans Le marché du tourisme |

Accès de la capitale toujours plus difficile et fermeture de la grande majorité des magasins le dimanche : on voudrait dissuader les touristes de venir à Paris qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Une perte de richesse considérable pour la capitale mais une aubaine pour Londres !

(Ce billet est également disponible sur Atlantico)

Paris est passé derrière Londres en termes de fréquentation touristique. La nouvelle n’a pas fait la Une des journaux. Et pourtant, quel symbole ! Les attentats n’expliquent pas tout. La tendance était déjà amorcée en 2014, lorsque Londres voyait le nombre de ses touristes s’élever à 17,4 millions contre 15,4 millions pour notre capitale – une baisse de 1,4% par rapport à 2013. Plus préoccupant encore, bon nombre de visiteurs ne font que passer par la France et par Paris, et ils dépensent peu. A titre de comparaison, un touriste dépense 1000 euros en Grande Bretagne quand un touriste ne fait qu’en dépenser 500 en France. C’est dire s’il n’y pas de quoi monter sur ses ergots. Comment en est-on arrivé là ? Que Londres ait su mettre à profit les Jeux Olympiques de 2012 ou sa place en tant que « capitale de la finance » ne fait aucun doute. Mais Paris est largement responsable de ses piètres performances, au moins pour deux raisons fondamentales.

La chasse aux (autocars de) touristes

Il est vrai qu’au-delà des grandes déclarations d’intention, la Mairie gère la capitale sans se soucier des conséquences sur l’activité touristique. L’année dernière, Anne Hidalgo a notamment durci les conditions de circulation des autocars dans le cadre d’un plan anti-pollution. A la clé, un prix du stationnement intramuros multiplié par trois. Hier il était de 30 euros. Aujourd’hui, il se monte à 90 euros la journée pour la quasi totalité des autocars. Une mesure difficilement compréhensible lorsqu’on connait les normes européennes extrêmement exigeantes pesant sur les moteurs d’autocars et la part très marginale que ces véhicules occupent à Paris (seulement 0,3 % de la circulation). Quant aux conséquences sur le tourisme de groupe, ce n’est visiblement pas la priorité de la municipalité… Cette politique n’a hélas rien de nouveau. Depuis plusieurs années, les places de stationnement et les rues accessibles aux autocars – comme à l’ensemble de la circula tion automobile – ont fortement diminué. Comme les habitants de la banlieue parisienne, les groupes de touristes sont donc invités à prendre les transports en commun ou à se déplacer à pied. Ce qui pose problème. Non pas qu’une petite promenade soit malvenue, mais la saleté des rues parisiennes a un effet repoussoir sur les visiteurs étrangers. Lors d’une récente enquête, 61% des touristes chinois interrogés se disaient choqués par la saleté de la Capitale. Une problématique qui ne semble pourtant pas préoccuper outre mesure la Ville de Paris. Si bien que c’est finalement une association japonaise qui a récemment pris les choses en main, en lançant de vastes opérations pour nettoyer bénévolement des lieux symboliques comme la Place du Trocadéro. Quant aux déplacements en transport en commun, le problème est différent, mais également de taille : nos métros, bus et tramways sont au bord de la saturation et ne fonctionnent qu’une partie de la journée. En comparaison, le Tube londonien est nettement plus propre, et il propose une plage d’horaires plus intéressante, avec certaines lignes ouvertes toute la nuit. Inutile de songer aux taxis pour prendre le relai : Paris en compte quatre fois moins que de cabs londoniens. Au lieu d’essayer de régler ce problème, on ne fait que l’aggraver, en proposant la fermeture des berges de Seine, engendrant en moyenne 40 minutes de pertes dans la circulation dans la capitale selon les experts.

L’étranglement du commerce par la fermeture le dimanche

Le dimanche, on circule mieux mais Paris a tout d’une ville morte. Ce qui est quand même dommage puisqu’en 2013, les touristes étrangers ont consacré presque 50% de leur temps au shopping dans la capitale. Plus ennuyeux encore : les ouvertures sélectives. Quand les Champs-Elysées sont ouverts, les grands magasins du boulevard Haussmann sont fermés et les magasins de la rue Rivoli ou du boulevard Saint-Germain partiellement ouverts. Résultat, les touristes n’y comprennent rien et les commerçants qui font l’effort d’ouvrir ne sont pas nécessairement payés en retour. Une situation à comparer là encore avec Londres où, grâce au « Sunday Trading Act », le dimanche est devenu le 3ème jour de shopping de la semaine en termes de chiffres d’affaires. Car toutes les études le montrent : un grand nombre de touristes préfèrent Londres à Paris pour cette raison. Quand on sait que la moitié des séjours sont des week-ends prolongés, on comprend que les visiteurs préfère nt évoluer dans une ville animée plutôt que dans une capitale désertée. La taxe de séjour imposée aux hôtels parisiens est certainement plus simple à collecter que la remise en cause d’une politique de circulation qui n’a qu’un objectif : éloigner les cars de touristes et les voitures des habitants de banlieue.

Une destruction d’un secteur à haut potentiel

Ce grand gâchis prive la région et toute la France d’une chance de croissance, de création d’emploi et de rayonnement inégalés. La taxe de séjour a rapporté à elle seule 41,2 millions d’euros à la Ville de Paris et l’hôtellerie a atteint un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros. Pourtant, malgré cet apport conséquent aux finances et à l’économie de notre pays, nos décideurs ne semblent pas très préoccupés face à des chiffres qui indiquent que la tendance n’est pas forcément positive. Il est donc grand temps de réagir avant qu’il ne soit trop tard. Quand la Grande Bretagne table sur une progression de 3,7% du nombre de visiteurs étrangers, qui devrait s’élever à 36,7 millions pour 23 milliards d’euros de recettes, Paris doit être aussi ambitieuse. Il suffit seulement de se retrousser les manches et de prendre les bonnes décisions, ou à minima, d’arrêter d’en prendre des mauvaises.

Plus que l’augmentation du nombre de visiteurs dans sa ville, le maire de Londres, Boris Johnson, se réjouit régulièrement de voir les touristes dépenser de l’argent dans sa ville et conforter ainsi l’économie locale. Et pourquoi le maire de Paris, plutôt que de momifier le coeur de la capitale et de tout faire pour tenir hors périphérique habitants de banlieue, provinciaux et visiteurs, ne se fixerait pas aussi cet objectif ? Après tout, nos élus vont peut être prendre conscience que même les recettes générées par le tourisme peuvent se tarir. Espérons que le réveil ne se fera pas trop tard !

Publié sur Atlantico – Co-signé avec Mme Evelyne Maes, Présidente de l’UMIH Paris Île-de France et propriétaire exploitante d’un hôtel sur Paris depuis plus de 25 ans.

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